Réalisation

d’une coque de bateau

Il existe diverses possibilités de réalisation. Nous allons d’abord en éliminer deux. La méthode de l’usinage d’une coque qui réclame des outils sophistiqués et coûteux et qui s’adresse à des professionnels pour mettre au point des coques de navires grandeur nature. Le maquettiste ne fait rien, c’est l’ordinateur et la machine à usiner qui s’en chargent. La deuxième consiste à réaliser une coque à l’identique de la réalité.

Elle s’adresse à des maquettistes chevronnés et n’est justifiée que si l’objectif est de voir cette ossature complètement ou partiellement. Une fois le bordé posé, toute la beauté de cette réalisation disparaît de la vue. Nous ne parlerons que de la méthode de construction dite par plaque ou en plateau et celle de l’ossature simplifiée.

Ces deux façons de réalisation peuvent être utilisées pour tout type de bateau et à toutes les échelles. Il est possible de réaliser une petite barque de 5 cm comme des coques de navires de 3 mètres de long avec 1, 2 ou trois ponts, voire sans pont.

Le plan.
Avant toute chose, quelles sont les informations que nous délivrent les plans.

Le plan nous fournit :

La vue des couples avec le tracé des couples. A droite de l’axe, les demi-couples avant et à gauche les demi-couples arrière. Le couple n°3 est le maître couple et est tracé en entier. Sur ce croquis, nous avons 5 couples et le tracé du tableau arrière (non numéroté). De chaque coté de l’axe, nous avons l’épaisseur de la quille.

Cette vue nous permet de réaliser les couples en bois pour une ossature de bateau ou les gabarits de contrôle en carton pour une coque en plaque.

La réalisation dite par plaque :

La vue de profil nous précise à quel niveau la coupe des lignes d’eau est réalisée. Cette vue nous donne aussi le tracé de la quille et la tonture du pont. Elle nous indique où placer les couples sur la quille.

La vue de dessus, avec d’un coté les lignes d’eau et de l’autre la vue du pont, nous donne l’épaisseur de la quille et les lignes d’eau (ici en chiffre romain) c’est à dire le contour de la coque suivant une coupe horizontale.

Maintenant que nous connaissons à quoi correspondent ces différentes vues, nous allons pouvoir réaliser notre coque.

1ère étape

Préparer des planches de bois dont la longueur est légèrement supérieure à la longueur de la coque et la largeur est légèrement supérieure au maître couple. L’épaisseur doit être égale à l’intervalle entre les lignes d’eau concernées.

Ces planches doivent être parfaitement d’équerre et planes.

Tracez (recto verso et sur les tranches) l’axe longitudinal et des perpendiculaires à égales distances dont l’une à proximité du centre correspond à l’emplacement du maître couple. Enfin percer deux trous au point de croisements comme sur le croquis.

Ces trous permettront d’empiler les planches pour les aligner et façonner la coque. Il faut contre carrer le fil du bois entre chaque planche.

2ème étape

3ème étape

Une fois toutes vos découpes réalisées, la forme de votre coque prend forme. Passer les deux ronds dans les trous pour bien aligner vos plaques.

A ce stade, suivant la maquette que vous voulez réaliser, vous avez différentes possibilités.

Votre coque ne possède qu’un seul pont :

Il vous suffit de coller vos planches bien alignées.

Votre coque possède plusieurs ponts (cas des vaisseaux avec deux ou trois batteries de canons) :

Vous arrêtez votre coque à la hauteur de la première batterie. Vous réalisez la poursuite de votre coque avec un bloc pour l’avant et pour l’arrière avec comme épaisseur la hauteur de vos sabords de la 1ère batterie et vous constituez une petite muraille espacée de la largeur de vos sabords. Vous rajouterez au-dessus une nouvelle plaque pour le pont de la deuxième batterie dont l’épaisseur et égale à la distance entre le haut du sabord de la 1ère batterie et le bas du sabord de la 2ème batterie. Vous recommencerez la même opération pour la 2ème batterie et finirez par le pont. Collez ensuite tous les ponts.

Votre coque est creuse :

Votre coque est alignée, sans la coller, vous la poncez, sans mordre le tracé des lignes d’eau afin d’obtenir une belle coque lisse et sans « étage ». Vous vérifiez le galbe de votre coque par rapport au tracé des couples. Vous désassemblez vos planches en les numérotant et vous découpez tout le centre en ne laissant qu’une faible épaisseur (environ 2 à 3 mm) entre extérieur et intérieur.
ATTENTION : la découpe n’est plus perpendiculaire mais suit la forme extérieure. Rassembler vos plaques creusées en les ajustant par rapport à l’extérieur de la coque et les coller. Après séchage, poncez l’intérieur de la coque pour obtenir l’épaisseur voulue.

La réalisation par ossature simplifiée :

Réalisation de la quille.

Avant de débuter, il faut se munir d'une planche de contreplaqué dont la longueur et la largeur sont au moins, celles de la coque du navire. Il faut que cette plaque soit parfaitement plane et d'épaisseur suffisante pour éviter qu'elle ne se déforme.
Ce sera le ber provisoire du navire.

Relever sur le plan le tracé de la demi-ligne d’eau I et la reporter d’un coté de l’axe, sur votre 1ère planche en respectant l’alignement du maître couple. Basculer sur l’axe votre relevé et le tracer de l’autre coté de l’axe pour obtenir un tracé symétrique.

Recommencer cette opération au recto de votre 2ème planche. Sur le verso de cette dernière vous y tracez la ligne d’eau II.

Faire de même sur toutes les planches en prenant la ligne d’eau suivante.

Sur la dernière, ici la 4ème planche, les lignes d’eau III et IV ne seront tracées que du coté recto.

Relever sur le plan de profil la tonture du pont et la reproduire sur les deux tranches longitudinales de la dernière planche.

Réduire l’épaisseur de cette planche en fonction de la tonture en ponçant le coté verso.

Une fois cette opération réalisée, découper perpendiculairement toutes vos planches en suivant le tracé coté verso.

Pour vérifier votre découpe, empiler vos planches en faisant traverser un rond par les trous pratiqués lors de la première étape et vérifiez que votre découpe affleure le tracé que vous avez coté recto.

Voici un exemple de coque avec sabords vue en coupe.

Dans tous les cas de coque, une fois votre coque collée, poncée et vérifiée, les pores du bois sont bouchés.

Pour la finition :

Soit la coque est peinte, entièrement ou partiellement suivant le modèle.

Soit la coque est recouverte de fines lattes de bois pour réaliser le bordé et, après ponçage, elle est vernie.

Soit la partie immergé de la coque est recouverte de petites plaques de cuivre et le reste peint ou recouvert de fines lattes.

La finition dépend du modèle de bateau.

Vous pouvez constater que cette méthode permet toutes les réalisations de coque ainsi que toutes les finitions

1 - La proue et la poupe sont débitées d'après les plans, dans du contreplaqué de 5mm (pièces A et B).

2 - La pièce (C), dont la longueur est déterminée par celle du navire, est la quille et est de même épaisseur que les pièces (A et B).

3 - Vérifier les ajustements des pièces (A, B et C) et placer en dessous un morceau de feuille d'aluminium.

4 - Immobiliser la pièce C) sur la planche à l'aide de punaises à col. Coller les pièces (A et B) sur la pièce (C) à la colle blanche et les immobiliser de la même manière en ayant bien contrôlé l'ajustement et l'alignement de la quille.

5 – Découpez tous les couples d’après le plan.

Pose des couples.

Maintenant que la quille est bien collée, nous allons passer à la mise en place des couples sans déformer la quille.

1 - Tailler deux baguettes (B) dans du bois dur et les fixer sur la planche de contreplaqué en bloquant la quille entre.

2 - Vérifier que la quille est bien perpendiculaire à la planche.

3 - Positionner les couples à leur emplacement et vérifier qu'ils sont bien d'équerre avec la planche. Ne pas oublier de réaliser les encoches pour les renforts (voir consolidation des couples).

4 - Coller entre chaque couple un renfort (A) de la même épaisseur que la quille et de longueur égale à l'espacement entre couples.

5 - Collez la pièce (1) qui sert de renfort de proue et sera très utile pour la pose du bordé.

Consolidation des couples

Les couples sont installés mais leur équilibre et parallélisme sont précaires.

1 - Pour les couples 1, 2, 3, 12 et 13, vous maintenez l'écartement par les pièces (A, C et F). La pièce (B) se fixe sur le couple (2) et reçoit une extrémité de la pièce (A).

2 - Pour tous les autres couples, leur écartement et leur parallélisme sont maintenus par les pièces (D) et (E). Celles-ci doivent effleurer le haut des couples car elles recevront les ponts.

3 - La pièce (G) finit la quille et recevra les ferrures du safran. Ne pas oublier de percer le trou (H,) avant de poser la pièce (G), pour l'arbre de l'hélice.

Pose des ponts

1 - Relever le tracé des ponts sur les plans et les découper dans une plaque de contreplaqué de 1 mm d'épaisseur.

2 - Coller de fines lattes de bois de 1 mm d'épaisseur, dont le rapport longueur/largeur est fonction de l'échelle du navire, en quinconce. Le pont doit ressembler à un parquet.

3 - Marquer les jointures des lattes à l'aide d'un crayon de papier (mine HB). Poncer les ponts.

4 - Coller les ponts à leurs emplacements.

5 - Coller, avec des panneaux verticaux ou des lattes, les ouvertures entre les ponts ( pièces 1, 2, et3).

Finition avant la pose du bordé.

1 - Supprimer les bouts de couples (A et B) à bâbord et tribord qui dépassent en les coupant à ras des ponts.

2 - Retirer l'ossature du navire du ber provisoire.

3 - Poncer, depuis la bordure des ponts vers la quille, tous les couples afin que lorsque vous présentez une latte sur ces derniers, elle s'applique sur toute l'épaisseur du couple (2).

4 - Avant de poursuivre, voir les conseils pour la pose du bordé.

Réaliser la pose du bordé

Croquis A

Poncer les couples (1) à bâbord et tribord, depuis la bordure des ponts vers la quille, et contrôler avec une latte fine (2) que le futur bordé repose bien sur les couples.

Croquis B

S'appliquer pour le ponçage du renfort d'étrave (3) car non seulement il maintient les extrémités des lattes du bordé mais c'est aussi cette pièce qui fournit la courbure d'étrave.

Croquis C

Un bordé ne va jamais de la proue à la poupe en une seule pièce! Ce genre de pose est très difficile et inutile! Il est préférable de poser des bordés en deux parties et de les raccorder sur un couple. A petite échelle, le raccord peut se faire suivant le cas (4). Si l'échelle le permet, la solution (5) est plus proche de la réalité. Ne jamais faire deux raccords en suivant sur le même couple.

Croquis D

La pose du bordé doit être soignée (surtout sur les couples à fortes cambrures) pour éviter des jours disgracieux (8) représenté ici sur le couple (6). Pour obtenir une belle coque, le bordé doit être travaillé dans sa largeur (effilement vers la poupe et la proue) mais également dans son épaisseur(9) pour venir s'ajuster parfaitement contre le bordé précédant (7).

Une fois toutes les lattes constituant le bordé sont posées, poncer votre coque et boucher les fentes avec de la pâte à bois.

Si la coque doit être peinte, vous allez enduire ce bordé d’une couche d’apprêt de couleur claire puis poncer légèrement et peindre de la couleur voulue.

Si vous voulez une coque en bois avec ces bordés visible, coller de fines lattes de bois sur ce bordé en respectant les courbes et les effilements.

ATTENTION : aucuns jours ne doit se faire entre les lattes. Le soin apporté à cette étape vous garantira du réussi de l’aspect de votre coque après le ponçage. Vous pouvez ensuite patiner votre coque ou la vernir (éviter les vernis brillants) la teintée ou non.

Conclusion

Si vous réalisez une coque très petite ou une demi-coque ou une coque peinte que ce soit d’un vieux vaisseau du 15ème siècle, un bateau de pêche ou un navire de guerre du 20ème siècle, la construction en plaque est très bien adaptée pour ce genre de coque, évite les vrillages et est rapidement réalisée.

Au contraire, si vous réalisez une coque d’un yacht genre América, Pen Duick, Reliance ou un vaisseau genre Soleil Royal, Wasa, la construction sur membrures sera plus à même de refléter la réalité et de mettre en valeur le bordé de ces navires.

La réussite d’une belle coque dépend en grande partie de sa symétrie, d’une quille bien rectiligne et de la finition du ponçage